Contre le poison raciste et antisémite : organisons la riposte populaire !

mardi 11 mars 2014 par CGA LYON

Analyse de la CGA Lyon sur la montée du racisme et de l’antisémitisme, et sa signification en période de crise.

Il n’est pas néces­saire d’être unE mili­tantE pour cons­ta­ter que depuis une décen­nie, la parole raciste s’est tota­le­ment libé­rée, jus­ti­fiant l’oppres­sion raciste concrète ainsi que le pas­sage à l’acte contre des mino­ri­tés natio­na­les raci­sées par des cou­rants poli­ti­ques ou des indi­vi­dus, soit par l’État. Cette montée du racisme coïn­cide avec l’aggra­va­tion de la crise capi­ta­liste et de ses résul­tan­tes (montée du chô­mage de masse, pré­ca­rité gran­dis­sante, casse des droits sociaux, des ser­vi­ces publics, déman­tè­le­ment de la pro­tec­tion sociale…).

Pour camou­fler les vrais res­pon­sa­bles de ce désas­tre humain, à savoir un sys­tème économique, le capi­ta­lisme, une classe domi­nante, la bour­geoi­sie, et une ins­ti­tu­tion qui orga­nise la domi­na­tion et l’exploi­ta­tion, l’État, il faut bien trou­ver des boucs émissaires !

Donc, en plus des « ouvrie­rEs qui coû­tent trop cher et vivent au-dessus de leurs moyens », sont dési­gnéEs comme res­pon­sa­bles de cette « crise », les noirEs, les arabes, les turcs/kurdes et mino­ri­tés ori­gi­nai­res de Turquie, les roms, les asia­ti­ques, les juifs/juives et les musul­ma­nEs essen­tia­li­séEs et raci­séEs, bref toutes celles et ceux qui sont consi­déré-es par l’idéo­lo­gie natio­na­liste comme exté­rieur-es au corps natio­nal même s’ils ou elles ont la natio­na­lité fran­çaise : les mino­ri­tés natio­na­les.

Aujourd’hui comme hier, la bour­geoi­sie dif­fuse le poison raciste parce qu’il lui permet de « divi­ser pour mieux régner », en mon­tant les oppri­méEs les unEs contre les autres.

L’anti­sé­mi­tisme, quant à lui, s’il s’ins­crit aussi dans ce « divi­ser pour mieux régner » a pour fonc­tion sup­plé­men­taire de rendre la classe diri­geante invi­si­ble en lui sub­sti­tuant en groupe racia­lisé, les juifs et les juives. C’est ce qui en fait une forme spé­ci­fi­que de racisme.

C’est la raison pour laquelle l’anti­sé­mi­tisme est indis­pen­sa­ble à la bour­geoi­sie en période de crise capi­ta­liste, parce qu’il lui permet de dis­pa­raî­tre aux yeux des oppri­méEs en étant invi­si­bi­lisé par le dis­cours anti­sé­mite.

La responsabilité du capitalisme

La ques­tion de la res­pon­sa­bi­lité de l’orga­ni­sa­tion capi­ta­liste de l’économie dans la crise, de l’appro­pria­tion du tra­vail col­lec­tif par une mino­rité pos­sé­dante, la bour­geoi­sie, grâce au sala­riat et à la pro­priété privé des moyens de pro­duc­tion est ainsi évacuée par les anti­sé­mi­tes, qui divi­sent arti­fi­ciel­le­ment le capi­ta­lisme en un mau­vais capi­ta­lisme « finan­cier » qu’ils asso­cient aux juifs et aux juives et un bon « capi­ta­lisme indus­triel ».

Or non seu­le­ment cette sépa­ra­tion n’existe pas en réa­lité, non seu­le­ment les capi­ta­lis­tes juifs et juives ne sont qu’une frac­tion infime de la classe capi­ta­liste et ne pos­sè­dent qu’une frac­tion infime du capi­tal, y com­pris finan­cier, non seu­le­ment ce dis­cours nie l’exis­tence bien réelle de la classe ouvrière juive, mais exo­nère la bour­geoi­sie fran­çaise de toute res­pon­sa­bi­lité.

Avec la crise capi­ta­liste, explose donc le racisme, dif­fusé par les relais idéo­lo­gi­ques de la bour­geoi­sie et de l’État, qu’il s’agisse des médias bour­geois, de réseaux intel­lec­tuels réac­tion­nai­res, des ins­ti­tu­tions étatiques, de cou­rants poli­ti­ques natio­na­lis­tes allant d’une cer­taine gauche étatique aux fas­cis­tes. Le racisme comme cou­rant idéo­lo­gi­que de fond, comme rap­port social et comme oppres­sion concrète, est promu y com­pris par des idéo­lo­gues et res­pon­sa­bles poli­ti­ques se tar­guant d’être anti­ra­cis­tes.

C’est une oppres­sion qui se struc­ture non seu­le­ment autour d’actes et de dis­cours ins­ti­tu­tion­nels concrets qui écrasent les per­son­nes raci­sées appar­te­nant aux mino­ri­tés natio­na­les pré­sen­tes sur le ter­ri­toire, mais aussi de dis­cours et d’actes portés par des indi­vi­dus, cou­rants et orga­ni­sa­tions poli­ti­ques qui pro­dui­sent le même rap­port social d’oppres­sion.

Aujourd’hui, le racisme d’État se struc­ture autour d’un dis­cours et d’actes ciblant prin­ci­pa­le­ment les mino­ri­tés noires, arabes et roms. Mais aussi, dans le cas de l’isla­mo­pho­bie, les musul­ma­nEs c’est à dire les per­son­nes à qui l’idéo­lo­gie raciste assi­gne une iden­tité musul­mane dans un pro­ces­sus de racia­li­sa­tion d’une iden­tité reli­gieuse. Ces cou­rants sont également portés au sein de la popu­la­tion par des indi­vidu-e-s, cou­rants et orga­ni­sa­tions poli­ti­ques.

Comme tous les racismes, l’antisémitisme est une arme de la bourgeoisie

Pour ce qui concerne l’anti­sé­mi­tisme, l’État a certes offi­ciel­le­ment rompu avec un anti­sé­mi­tisme d’État qui à impré­gné le dis­cours ins­ti­tu­tion­nel jusqu’aux années 70 voire 80 (on se sou­vient de la dénon­cia­tion des « agi­ta­teurs juifs alle­mands », mais aussi des propos de Raymond Barre au len­de­main de l’atten­tat de la rue Copernic en 1980 : « Cet atten­tat odieux vou­lait frap­per les israé­li­tes qui se ren­daient à la syna­go­gue et qui a frappé des Français inno­cents qui tra­ver­saient la rue Copernic » ), en condam­nant offi­ciel­le­ment l’anti­sé­mi­tisme de manière oppor­tu­niste pour se donner un vernis anti­ra­ciste.

Cependant l’idéo­lo­gie anti­sé­mite est pro­fon­dé­ment ancrée dans l’idéo­lo­gie natio­nale fran­çaise, et est portée par un nombre tou­jours plus impor­tant d’indi­vi­dus, de cou­rants et d’orga­ni­sa­tions poli­ti­ques à la faveur de la crise. La consé­quence est la refor­ma­tion d’un mou­ve­ment anti­sé­mite assumé, de masse.

Comme l’anti­sé­mi­tisme est une néces­sité poli­ti­que pour la bour­geoi­sie en période de crise, mais que d’autres part il est néces­saire pour l’État de pré­ser­ver pour le moment les appa­ren­ces « répu­bli­cai­nes » en pré­ten­dant lutter contre l’anti­sé­mi­tisme, la pro­mo­tion par l’État et la bour­geoi­sie se fait de manière plus per­verse : en pro­mou­vant les dis­cours anti­sé­mi­tes par une dénon­cia­tion ver­bale sans guère d’effets concrets autres que celui de donner une caisse de réso­nance à ces mou­ve­ments en les média­ti­sant, et en accré­di­tant leur pos­ture « rebelle » et pseudo-révo­lu­tion­naire sans pour autant les empê­cher de nuire.

Internet et les pla­te­for­mes telles que you­tube, dai­ly­mo­tion, twit­ter, etc... per­met­tent par ailleurs, moyen­nant le sou­tien de cer­tai­nes frac­tions de la bour­geoi­sie, de donner à ces cou­rants un écho très impor­tant, notam­ment au sein de la jeu­nesse, tout en per­met­tant le contour­ne­ment d’une stra­té­gie judi­ciaire qui n’a jamais eu pour objec­tif réel de briser la dyna­mi­que raciste et anti­sé­mite.

Le rôle de l’État

En effet la dis­so­lu­tion des orga­ni­sa­tions ouver­te­ment anti­sé­mi­tes telles que l’œuvre fran­çaise, les Jeunesses natio­na­lis­tes révo­lu­tion­nai­res, les quel­ques procès contre Dieudonné et Soral ne les ont jamais empê­ché d’accé­der à une audience de masse, de conti­nuer à dif­fu­ser leur venin anti­sé­mite et raciste. D’accé­der aux pla­teaux de la télé­vi­sion d’État (ce qui montre l’hypo­cri­sie du dis­cours étatique autant que celle de la pos­ture pseudo-rebelle de ces anti­sé­mi­tes et racis­tes qui crient à la cen­sure). La pro­mo­tion de ces cou­rants, orga­ni­sa­tions et indi­vi­dus anti­sé­mi­tes et de leur dis­cours se fait ainsi « sans avoir l’air d’y tou­cher ».

Cet anti­sé­mi­tisme fait tota­le­ment partie de l’his­toire de l’État fran­çais comme celle des natio­na­lis­tes et fas­cis­tes (de l’affaire Dreyfus en pas­sant par le livre de Drumont « La France Juive », puis avec Vichy et Pétain et depuis pas mal d’années, le FN et les décla­ra­tions abjec­tes de JM Le Pen).

Ces « anti-sys­tème », comme aiment à se pré­sen­ter Dieudonné et Soral, outre leurs idées nau­séa­bon­des (anti­sé­mi­tisme, culte de la Nation, de la Tradition, du Patriarcat), ne font de fait que ren­for­cer le sys­tème Étatique et la bour­geoi­sie qui uti­li­sent une bonne vieille recette, à savoir : divi­ser pour mieux régner afin d’oppri­mer sans sou­bre­sauts, les clas­ses popu­lai­res.

Manuel Valls, par ces ges­ti­cu­la­tions, en média­ti­sant un maxi­mum Dieudonné (ce qui enchante ce der­nier), joue un sale double jeu. D’un côté, il tente de donner à l’État le beau rôle de garant de la lutte anti­ra­ciste, alors que lui-même minis­tre de l’inté­rieur, conti­nue à expul­ser comme jamais les sans-papiers, fait des décla­ra­tions racis­tes sur les Rroms en détrui­sant sys­té­ma­ti­que­ment leurs cam­pe­ments de for­tune, et entre­tient en per­ma­nence un climat de sus­pi­cion vis à vis des musul­ma­nEs.

L’État laisse par ailleurs champ libre au déve­lop­pe­ment de grou­pes fas­cis­tes tels que les iden­ti­tai­res, par exem­ple à Lyon où ils peu­vent conti­nuer à semer la ter­reur dans les rues de Saint-Jean à partir d’un local (La Traboule) ayant pignon sur rue. Derrière des dis­cours « anti­ra­cis­tes », Valls a la main douce pour les fas­cis­tes tout en ayant la main dure contre les anti­fas­cis­tes et les mili­tan­tEs du mou­ve­ment ouvrier et révo­lu­tion­naire.

De l’autre il assure la pro­mo­tion de Dieudonné et s’ins­crit tota­le­ment dans la stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion de ce der­nier et de ses alliés anti­sé­mi­tes, qui peut ainsi se donner une aura « révo­lu­tion­naire » et conti­nuer ainsi de détour­ner la colère popu­laire contre la bour­geoi­sie, en la diri­geant vers la mino­rité natio­nale juive pré­sen­tée comme « ayant la main sur l’État et l’économie ».

Valls et les anti­sé­mi­tes autour de Dieudonné se cons­ti­tuent ainsi les unEs et les autres en faux camps oppo­sés, chacun en tirant des béné­fi­ces poli­ti­ques, mar­gi­na­li­sant le camp popu­laire, celui de la révolte contre l’exploi­ta­tion capi­ta­liste et les oppres­sions réel­les et concrè­tes du racisme et de l’anti­sé­mi­tisme comme du sys­tème patriar­cal.

L’Etat lutte donc faus­se­ment contre l’anti­sé­mi­tisme qui pourra ainsi conti­nuer, comme le racisme, à servir de petite musi­que de diver­sion des colè­res socia­les. D’ailleurs, pen­dant ce temps là, la bour­geoi­sie conti­nue tran­quille­ment son offen­sive, l’État fran­çais mène ses sales guer­res impé­ria­lis­tes, et au niveau natio­nal, État et bour­geoi­sie tra­vaillent main dans la main (cf : pacte de res­pon­sa­bi­lité pré­senté par Hollande lors de ses vœux de fin d’année).

Alors quelles pistes pour tenter de résister ?

Même si cela parait insuf­fi­sant, l’action indi­vi­duelle doit être un pre­mier réflexe salu­taire. À son tra­vail, dans son quar­tier, auprès de rela­tions, ne jamais lais­ser passer un propos, une blague un tant soit peu sexiste, homo­phobe, trans­phobe, raciste, ou anti­sé­mite. Ce n’est pas si vain que cela !

Mais au-delà de cet acte per­son­nel, c’est le déve­lop­pe­ment et l’orga­ni­sa­tion des luttes popu­lai­res contre l’exploi­ta­tion et l’oppres­sion capi­ta­liste qui bri­se­ront la dyna­mi­que raciste et anti­sé­mite, en créant les condi­tions de l’unité popu­laire contre les clas­ses domi­nan­tes qui en sont res­pon­sa­bles.

Partout dans les syn­di­cats, il faut désor­mais lier émancipation sociale et lutte contre le racisme et l’anti­sé­mi­tisme. Les licen­cie­ments, les salai­res blo­qués ou dimi­nués, la baisse du pou­voir d’achat…et tant d’autres choses, ce ne sont pas les juifs, les arabes, les noirs, les rroms qui en sont res­pon­sa­bles, mais bien l’État et la bour­geoi­sie !

A côté des luttes popu­lai­res visant à revi­si­bi­li­ser la classe domi­nante et orga­ni­ser la confron­ta­tion sociale contre celle-ci, et l’État qui orga­nise sa domi­na­tion, nous devons sou­te­nir toutes les ini­tia­ti­ves d’auto­dé­fense anti­fas­ciste, notam­ment les ini­tia­ti­ves auto­no­mes qui émergent au sein des mino­ri­tés natio­na­les, sur une base anti­ra­ciste, face aux vio­len­ces fas­cis­tes.

Car les oppri­méEs ont tout inté­rêt à ne comp­ter que sur elles et eux-mêmes pour défen­dre leur inté­grité phy­si­que. Le vernis « anti­ra­ciste » de l’’État, à mesure que s’appro­fon­dit la crise capi­ta­liste, ne peut que céder pro­gres­si­ve­ment la place à un racisme d’État assumé, garan­tis­sant l’impu­nité aux agres­sions racis­tes et fas­cis­tes.

Certains, au nom de la lutte contre la Haine vou­draient nous entraî­ner encore une fois sur une mobi­li­sa­tion « Républicaine » ! Qu’est-ce que cela veut dire défen­dre une République qui chaque jour pas­sant, fabri­que un peu plus de chô­meur(euses), aide le patro­nat à mieux faire du profit, orga­nise le racisme d’État pour ali­men­ter la peur de l’étranger, des mino­ri­tés natio­na­les et nous divi­ser un peu plus ?! République qui casse la pro­tec­tion sociale, les ser­vi­ces publi­ques…. Alors en tant que liber­tai­res disons le fran­che­ment , ce combat-là n’est pas le nôtre !

Notre volonté est bien de lutter contre l’orga­ni­sa­tion sociale et économique qui nous opprime et nous exploite en réu­nis­sant toutes celles et tous ceux qui vivent là, bos­sent, galè­rent pour vivre...

Nous vou­lons déci­der par nous-mêmes de notre sort, et aller vers l’égalité sociale et économique en cons­trui­sant dans la lutte et l’orga­ni­sa­tion popu­laire, une société com­mu­niste liber­taire. Nous ne nous bat­tons pas pour une révo­lu­tion citoyenne, mais pour une révo­lu­tion sociale.

Certes, les temps sont dif­fi­ci­les et l’air nau­séa­bond. La course contre l’idéo­lo­gie raciste, anti­sé­mite, anti­so­ciale est enga­gée. Mais il ne faut pas bais­ser les bras pour autant. La ten­dance peut s’inver­ser si nous refu­sons la rési­gna­tion. Une étincelle peut mettre le feu à toute cette colère sourde. À nous d’être pré­sen­tEs pour contri­buer à déve­lop­per et orga­ni­ser la révolte popu­laire, afin qu’elle ne soit pas déviée vers des boucs émissaires sous l’effet de l’idéo­lo­gie domi­nante et de l’action des cou­rants fas­cis­tes sou­te­nus par des frac­tions gran­dis­san­tes de la bour­geoi­sie et par l’État.

Coordination des Groupes Anarchistes - Lyon


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