Hommage à notre camarade Baris

vendredi 12 juin 2015 par djou

“Ami si tu tombes 1000 ami-e-s sortent de l’ombre”

Barış, c’est d’abord une rencontre inattendue...

Barış était arrivé en France en mars de l’année 2012, chassé de turquie par la répression menée par l’Etat turc contre le mouvement syndical étudiant. A plusieurs reprises, il avait vécu de plein fouet la répression des mouvements étudiants, d’abord à Siirt, puis à Mersin. Il avait déjà été condamné à une peine de prison et risquait encore davantage. C’est donc la violence de l’Etat qui l’a conduit à l’exil politique. C’est ainsi qu’il a été, âgé de seulement 19 ans, douloureusement confronté au déracinement. Seul et sans possibilité de communiquer en France, isolé, il en restait pour autant déjà très fort et débrouillard.

C’est un camarade déterminé à poursuivre en France son combat contre toutes les dominations que nous avons rencontré après quelques e-mails échangés grâce aux sites de traduction en ligne. Symbole des épris-es de liberté, le A cerclé d’une affiche dans les rues de Saint-Denis l’avait guidé jusqu’à nous, où il savait qu’il pourrait trouver, au-delà des difficultés de la communication, les valeurs de solidarité et d’internationalisme qu’il avait défendu jusque là et dont il avait besoin plus que jamais.

… La rencontre d’un lion

Barış avait la rage au ventre. Il ne supportait aucune injustice, aucune oppression et était toujours prêt à lutter. Quelques semaines après notre rencontre, même pas trois mois après son arrivée, il nous embarquait dans le soutien aux étudiantes et étudiants de Turquie qui subissaient la répression et notamment aux militantes et militants anarchistes arrêté-e-s après le 1er mai 2012 à Istanbul et ailleurs. Il connaissait d’autant mieux la situation qu’il la subissait lui-même.
Malgré les difficultés, il ne se plaignait jamais. Pour lui, “vivre, c’était lutter” comme le disent tous les révolutionnaires, de Louise Michel aux YPJ. Sa vie était tournée vers la lutte, la révolution, le socialisme et la liberté. Il vivait simplement car “pour être libre, faut avoir rien à perdre” comme le dit une chanteuse bien connue en France.

Par-delà les frontières, un internationalisme concret et vivant

Kurde, tu savais ce que le nationalisme pouvait causer de guerres, d’atrocités et de tragédies. Pour toi, les frontières ne signifiaient rien de bon. Elles n’étaient que des murs qui nous séparaient et qu’il fallait abattre. A Paris, tu te battais aux côtés des migrants en lutte alors même que toi-même n’avaient pas encore de papiers.
Ton internationalisme était celui de la révolution. Ton implication était sans faille et tu étais prêt à tout contre les oppressions. Nous avons eu la chance de te compter dans les luttes pour le logement et les papiers, contre le capitalisme et en fidèle soutien des luttes des femmes pour leur émancipation. Déterminé et fort de tes convictions, la barrière des langues ne nous a pas empêché de nous comprendre et de partager nos idées et nos luttes contre nos ennemis communs et la violence qu’ils nous imposent :
- la violence policière, judiciaire ou militaire,
- la violence sociale de l’exploitation et de la précarité des revenus, du logement, de la santé,
- les violences contre les femmes, les minorités nationales et les minorités sexuelles,
- la violence psychologique aussi contre chacun-e d’entre nous.

Déraciné trop jeune et contre ton gré, tu es resté toujours attaché aux luttes de tes camarades en Turquie et au Kurdistan. Tu les vivais de loin, par procuration mais avec toute la passion et la rage qui t’animait. Tu n’arrivais pas à abandonner tes combats et tes camarades, c’est pour cela que tu n’as jamais pu te résoudre à apprendre le français plus que le minimum dont tu avais besoin pour survivre.
Toujours critique de ce que tu voyais, cela ne t’empêchait pas pour autant de t’investir de toutes tes forces dans les luttes contre les oppressions et pour la justice. Nul doute que le processus révolutionnaire au Rojava et les principes qui y sont défendus résonnent avec les principes que tu as toujours défendu en Turquie et en France : la lutte contre tous les Etats et tous les fascismes, l’émancipation des femmes et l’égalité dans la prise de décisions. Nous savons que tu aurais été avec nous en première ligne de la solidarité antifasciste internationale pour le peuple kurde et les autres minorités en lutte à Kobanê. Tu te serais intéressé aux évènements en cours au Rojava, au Kurdistan en général et en Turquie avec passion et esprit critique, tu aurais porté cet espoir sans faire aucune concession si tu y avais décelé la moindre chose qui te déplaisait.

L’expérience du racisme et de la précarité

Camarade, tu es mort sous les assauts répétés des Etats et du système capitaliste. Tu avais à peine 22 ans. Tu étais jeune mais tu avais déjà connu beaucoup plus que ce que la majorité des gens ne connaitront jamais en toute une vie sur la violence des Etats. C’est sûrement ça, en partie, qui animait la flamme de ta révolte et qui garantissait ta détermination à toute épreuve.
Tu connaissais le racisme d’Etat. Celui de la Turquie contre les kurdes que tu avais expérimenté avant même de pouvoir le comprendre. Celui de la France aussi, où les demandeurs d’asile n’ont droit qu’à une vie semi-clandestine et sont exclus des comptes officiels. Tu as dû te battre pour faire reconnaitre ton droit à l’existence et faire reconnaître les persécutions que tu avais subi ici, dans l’Etat turc. Tu as affronté la tête haute les difficultés de la vie des réfugiés politiques, le travail clandestin faute de droits, l’individualisme si fort en France alors que la misère est si grande.
Tu connaissais la violence des Etats. Ici, en Turquie, où tu avais déjà été plusieurs fois arrêté, condamné, torturé. En France aussi, quand la police réprimait nos luttes et que tu faisais front à nos côtés, fort de ta détermination et de notre solidarité.
Les principaux responsables de ta mort, ce sont les Etats français et turcs et leurs politiques racistes et fascistes.

La machine à détruire les vies humaines qu’est le capitalisme a fait le reste. Des difficultés matérielles liées à la vie en région parisienne t’ont poussé en septembre 2013 à quitter l’île-de-france pour aller à Lyon retrouver d’autres camarades turcophones et y continuer le combat.

Malgré toutes ces difficultés, nous avons essayé de nous entraider et de t’assurer les meilleures conditions de vie possibles. La solidarité des camarades a permis de t’héberger à Paris et à Lyon, que tu obtiennes l’asile, que tu soies inscrit à l’université, que tu commences à apprendre le français avec les cours qu’on a pu organiser et que, quoiqu’il arrive, tu puisses sentir que nous étions toutes et tous à tes côtés, même des camarades que tu n’as jamais rencontré directement et qui avaient déjà prévu de t’héberger en cas de problèmes.

Barış, c’était surtout un camarade exemplaire

En te perdant, on perd toutes et tous un ami et un camarade de luttes. Nous n’oublierons pas toutes ces heures de transport pour venir participer aux actions, aux manifestations, pour soutenir les luttes même à l’autre bout de la région parisienne.
Dès le début, nous avons toutes et tous été marqué-e-s par ta maturité et ta détermination. Si jeune et pourtant, des idées si fortes et grandes auxquelles tu ne faillais jamais. Pour nous, tu étais un camarade rare, en qui nous avions une confiance sans bornes et que nous admirions toutes et tous. Nous te savions prêt à tout pour défendre et faire vivre nos valeurs communes, même dans les moments les plus difficiles. Oui, Barış était dévoué à la lutte.
Là-bas, il nous reste de lui toutes les solidarités qu’il a contribué à créer, toute la rage et la détermination qu’il nous a transmises. Il nous reste une grande leçon d’humilité et de dévouement que nous n’oublierons pas.

Si nous pleurons aujourd’hui, nos larmes ne sont pas de tristesse. Ce sont des larmes de rage. Nous continuerons de porter tes espoirs. Nous portons ta mémoire dans chacun de nos gestes contre ce système qui cherche à nous détruire.
La solidarité n’est pas un vain mot.

Barış, tu vivras dans nos luttes.

Ses camarades du groupe région parisienne de la CGA


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