De la pseudo-lutte antiterroriste à l’islamophobie « ordinaire »

samedi 3 septembre 2016 par djou

De la pseudo-lutte antiterroriste à l’islamophobie « ordinaire »

Une déferlante raciste
Depuis quelques mois et sous couvert de lutte antiterroriste, les libertés individuelles sont de plus en plus bafouées1 et le ressentiment envers les personnes musulmanes ou supposées l’être est de plus en plus haineux.
La parole raciste a explosé en surfant sur les attentats perpétrés par les fascistes de Daesh. Les attentats de Nice ont marqué un cran supplémentaire dans la diffusion de discours racistes ciblant les personnes musulmanes ou considérées comme telles.
Les politiques de tout bord ont surfé sur la peur consécutive aux attentats pour développer le racisme islamophobe. Les arrêtés anti-burkinis pris cet été s’inscrivent dans cette offensive politique, masquée derrière des discours sur la « laïcité » ou la « libération des femmes » détournées de manière frauduleuse pour faire passer une soupe raciste. Les politiciens se présentent comme porteurs « d’apaisement », alors qu’ils soufflent sur les braises.

Des paroles aux actes
La parole raciste a ainsi été décuplée sur le territoire et sur internet, en proposant une vision très essentialiste des personnes musulmanes ou supposées l’être : toute personne racisée est ainsi supposée musulmane, toute personne musulmane considérée comme une recrue potentielle pour Daesh et donc représentant une menace pour la « nation française ». Le fait qu’il existe, comme dans la majorité nationale et les autres minorités nationales, un éventail très large de positions politiques au sein de la minorité musulmane, est tout simplement nié.
Comme systématiquement dans la dynamique raciste, après la parole, sont venus les actes : violences physiques, comme à Sisco, et violences institutionnelles par le harcèlement policier des femmes, comme à Nice.

Premières cibles : les femmes
Une fois encore ce sont des femmes, appartenant pour la plupart aux classes populaires, qui font les frais d’une politique réactionnaire et raciste, justifiée par un discours paternaliste. Un discours pseudo-féministe qui entend réglementer la tenue des femmes au nom de la laïcité, tout aussi sûrement que d’autres courants réactionnaires au nom de la religion, des « bonnes mœurs » ou de la « décence ». Ces nouvelles interdictions n’ont donc en aucun cas l’objectif de lutter contre le patriarcat comme l’annoncent certains responsables politiques (qui par ailleurs multiplient les attaques matérielles contre les femmes) mais bien de réaffirmer l’identité d’une « majorité nationale » blanche et de culture chrétienne sur l’air connu du « on est chez nous ».

Les logiques racistes oppriment, Daesh recrute.
Toute cette politique de création d’un soi-disant « ennemi intérieur » participe de l’oppression des personnes appartenant à la minorité nationale musulmane, c’est à dire non seulement des croyants et croyantes, mais aussi des personnes qui sont considérées musulmanes de par leur origine ou leur couleur de peau, tout en ayant une autre religion ou en étant athée. Cette politique vise à la réaffirmation d’un système raciste définissant une majorité nationale « blanche et de culture chrétienne » comme le « corps national naturel » et des minorités nationales, dont la minorité musulmane, comme d’un « corps extérieur à la nation » qui n’aurait pas sa place – ou uniquement sous condition – sur le sol français.
Ce qui se passe aujourd’hui en France rappelle la volonté de montrer une supériorité, voire comme dans la période coloniale d’imposer un modèle supposé civilisateur.
Les takfiristes de Daesh se frottent les mains car un de leur message récurrent est que les personnes musulmanes ne peuvent pas vivre en occident car elles ne sont pas acceptées. Ils trouvent dans ce discours raciste un appui pour leur politique de recrutement. Nationalistes et suprémacistes blancs et takfiristes de Daesh représentent les deux faces de la même pièce : fondés sur la théorie raciste du « choc des civilisations », ils se renforcent mutuellement par leur action, dont les classes populaires font prioritairement les frais, et au sein d’elles, les minorités nationales en premier lieu.

Face à cette déferlante raciste risquant d’empirer avec la campagne présidentielle, la Coordination des Groupe Anarchistes – Lyon appelle toutes et tous à la vigilance et à la solidarité face aux oppressions que subissent et subiront les minorités nationales.
Non à l’islamophobie !
Halte au racisme d’État !

Coordination des Groupes Anarchistes - Lyon

Majorité et minorités nationales
Les minorités nationales, ce sont l’ensemble des groupes minoritaires présents sur un territoire donné, et qui sont, ont été ou peuvent être considérés comme extérieurs au corps national tel que défini par l’idéologie dominante.
Selon les contextes, ils peuvent être considérés comme appartenant au corps national ou comme lui étant extérieur.
Dans le premier cas, cette appartenance est sans cesse susceptible d’être remise en question, dans les discours, dans la pratique et notamment l’attitude des institutions.

En France, la majorité nationale, selon l’idéologie dominante, est de peau blanche, de culture chrétienne (que les personnes soient croyantes ou non).
Par idéologie dominante, il faut entendre ici l’ensemble des représentations dominantes, majoritaires, véhiculées tant par des références culturelles implicites que par les discours à caractère politique explicites.

Les minorités nationales sont quant à elles constituées de toutes les personnes qui ne correspondent pas à ces critères arbitraires définis, de manière explicite ou implicite, par l’idéologie dominante.

Le discours dominant exclut les personnes appartenant à ces minorités nationales du corps national non sur la base de leur croyance religieuse, mais sur celle d’une assignation identitaire de type ethnique ou raciale, dans laquelle la religion n’est pas abordée comme un ensemble de croyances et de pratiques sociales, mais comme une identité assignée à l’individu sur la base d’une filiation.

La nécessité de la lutte contre l’islamophobie
Ne pas voir que « musulman·e·s » a remplacé « arabes » dans les discours de droite comme de gauche, permettant de maquiller le même racisme qu’hier, c’est passer à côté d’une réalité particulièrement significative aujourd’hui.

C’est cette logique de racialisation et d’oppression raciste englobant musulman·e·s ou considéré·e·s comme tel·le·s que nous désignons sous le terme d’islamophobie. Tout comme l’antisémitisme désigne la racialisation et l’oppression raciste des Juives et Juifs, croyant·e·s ou non. Il ne s’agit donc pas d’une question de religion mais de racisme.

En tant qu’anarchistes, nous combattons l’idéologie religieuse parce qu’elle prétend déterminer ou justifier les comportements, les normes sociales, l’organisation sociale dominante.

Elle soutient ou contribue de ce fait, à la domination et l’oppression des individus qui sont directement victimes de ces normes imposées (les femmes, les gay, les lesbiennes, les bi et les trans...), ou de l’organisation sociale ainsi justifiée (les classes exploitées et l’ensemble des opprimé·e·s précédemment cité·e·s).

Mais ce combat ne saurait se fourvoyer dans des instrumentalisations racistes qui se multiplient.
En effet, les personnes appartenant aux minorités religieuses ou assimilées comme telles (personnes racisées non croyantes) sont très souvent victimes de persécutions, d’oppression, liées à ce fait. La liberté de conscience que nous défendons, ainsi que le refus de l’oppression, implique que nous nous opposions à ces persécutions ou aux rapports de dominations que subissent les individus appartenant aux minorités religieuses ou supposées comme telles.

Car dans ce cas, ce sont des personnes qui sont opprimées, et non une idéologie.

La dénonciation de la mécanique raciste ne doit pas servir de caution aux religieux, quels qu’ils soient, dans l’intérêt de leur chapelle.

L’islamophobie se structure depuis ces vingt dernières années selon la même logique que celle de l’antisémitisme, permettant d’englober et cibler de manière générale un ensemble de minorités nationales sous la même catégorie racisée, à laquelle sont assignées toutes les personnes de culture ou de filiation musulmane, qu’elles soient croyantes ou non.

Nous devons, au niveau idéologique, contribuer à démonter les mécanismes et les discours sur lesquels repose le système de domination raciste. Cela implique donc la dénonciation et la lutte contre toutes les formes de racisme.

Le racisme d’État, le racisme « ordinaire » intégré, le racisme masqué sous des pseudo discours sociaux ou laïques, les discriminations racistes du quotidien et/ou légales, comme les discours et pratiques racistes assumés, sont tous à combattre même s’ils ne signifient pas les mêmes choses et ne requièrent pas les mêmes réponses.
Pour cesser de faire des boucs-émissaires de ceux et celles qui subissent le racisme, il faut pouvoir populariser un discours signifiant : nos ennemis sont les classes dirigeantes, nous n’avons pas d’intérêt à nous diviser sur des critères de nationalité et/ou de religion mais nous en avons au contraire à nous rassembler sur une base de classe.