Face à la dictature de Bachar el Assad, à la contre-révolution réactionnaire religieuse, l’intervention française fait partie du problème, pas de la solution.

jeudi 26 avril 2018 par CGA LYON

En mars 2011, le peuple syrien s’est soulevé contre la dictature de Bachar el Assad, dans la foulée des révoltes populaires de Tunisie et d’Egypte. La révolte populaire a été immédiatement confrontée à une répression brutale, dans l’indifférence générale. L’Etat français, ayant des liens de longue date avec le régime (à travers notamment la famille Tlass), s’est à ce moment contenté de protestations verbales, laissant le régime liquider une révolte à ce stade très majoritairement dominée par les aspirations démocratiques.

Profitant de ce statut quo, le pouvoir a favorisé l’émergence de groupes réactionnaires religieux, libérant des milliers de militants des frères musulmans ou d’autres groupes takfiris (1) alors qu’il assassinait, torturait et écrasait la résistance civile.
Rapidement, les différentes puissances régionales (Qatar, Arabie saoudite et Turquie d’une part, Iran d’autre part) se sont impliquées dans le conflit, poussant à sa militarisation. Au sein de la rébellion, malgré la persistance d’une résistance civile, ont rapidement dominé les groupes militaires réactionnaires, les groupes plus laïques, démocratiques ou progressistes étant rapidement marginalisés faute de soutien.

Cette situation a favorisé le développement de groupes fascistes religieux tels qu’Al Nosra et Daesh, avec le soutien de l’État turc qui y a vu un moyen de combattre l’influence kurde grandissante, mais aussi du Qatar et de l’Arabie saoudite.

En Juillet 2012, le Rojava (2) (Kurdistan de Syrie) connaissait sa propre dynamique révolutionnaire. Le mouvement initié par le PYD (3) a pu compter tant sur une infrastructure beaucoup plus solide et ancienne (qui lui a permis de développer son propre projet et une autonomie armée) que sur le choix du régime de concentrer ses coups sur les zones rebelles, renvoyant à plus tard la liquidation d’un mouvement kurde qu’il ne considère que comme un « moindre mal ».

La convergence entre cette dynamique autonome et les secteurs les plus progressistes du mouvement populaire syrien n’a pas pu se concrétiser, pour plusieurs raisons : l’affaiblissement de ces derniers face aux groupes armés réactionnaires clients de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Le chauvinisme refusant de reconnaître la question kurde et se traduisant par une constante accusation de collusion entre le PYD et le régime (qualifiant le relatif statut quo armé de « partage des tâches »), pourtant régulièrement démentie par les faits (affrontements à Qamishli notamment).

Le Rojava est ainsi devenu un espace où s’est développé un processus de démocratisation, non exempt de contradiction, mais qui a pu combattre efficacement la mainmise de groupes armés réactionnaires et fasciste religieux. C’est sur cette base que nous avons choisi de soutenir activement ce processus.

Dans sa lutte contre Daesh, le YPG et YPJ (4) ont pu bénéficier du soutien de la coalition internationale (livraisons d’armes au compte-goutte et bombardements). Si ce soutien n’a jamais été dénué d’arrières pensées, si les bombardements ont aussi fait des victimes civiles, l’existence d’une force armée autonome sur des bases progressistes constituait une garantie minimum pour l’avenir de la région.

L’intervention massive des impérialismes russes et iraniens ont modifié le rapport de force en faveur du régime. Les puissances impérialistes russes et turques ont su dépasser leur opposition pour s’entendre sur le dos des forces démocratiques syriennes, aboutissant à l’invasion d’Afrin.

La coalition Franco-américano-britannique n’a cependant pas hésité à livrer le canton d’Afrin à l’offensive menée conjointement par l’État turc et les groupes réactionnaires religieux, démontrant qu’elle faisait peu de cas de la réalité d’un « processus de démocratisation » bénéficiant aux populations et permettant, même imparfait, d’envisager des alternatives positives pour les peuples de la région.

La dicature sanguinaire de Bachar, quant à elle, est sortie renforcée de cette configuration, en comptant sur le soutien russe et iranien et en se présentant comme « garante » d’un stabilité fondée sur des monceaux de cadavres. Dans ce contexte elle ne peut que bénéficier d’une intervention militaire française (conjointement aux états unis et à la Grande-Bretagne) qui n’a absolument pas pour objet son renversement mais bien la préservation d’intérêts géopolitiques sans rapport avec les populations face à d’autres.
Une telle intervention lui permet de se présenter (de manière évidemment frauduleuse) comme un « rempart anti-impérialiste »

Tous les impérialismes à l’échelle mondiale ou régionale (Américain et russe, Français, Britannique, Qatari, saoudien, Turc, Iranien, Israélien) ont contribué à aggraver la situation dans la région.

Nous vivons et travaillons en France, et c’est à ce titre que nous avons une responsabilité particulière pour dénoncer l’impérialisme français.

Cela ne signifie pas que nous ignorons les autres impérialismes en jeu ou que nous minimisons la brutalité du régime ou de la contre-révolution menés par les groupes tels que Daesh, Al Nosra, etc.

Nous pensons que seul le renforcement du camp démocratique en Syrie, incarné principalement sur le plan politico-militaire par l’expérience du Rojava (malgré toutes les contradictions et imperfections inhérentes à un tel processus ayant lieu dans des conditions particulièrement difficiles), pourra constituer une alternative durable à la fois à la brutalité du régime, à la contre-révolution des groupes réactionnaires religieux, au fascisme sous toutes ses formes.

Parallèlement, nous ne pouvons que constater la nécessité de reconstruire une internationale ouvrière en mesure d’apporter un soutien matériel massif aux dynamiques progressistes, condition pour une réelle autonomie d’action face aux jeux macabres des régimes dictatoriaux et des puissances impérialistes, dont la France.

A bas l’impérialisme français ! A bas tous les impérialismes ! A bas toutes les dictatures, laïques ou religieuses !

(1) Les takfiristes – ou takfiri – considèrent chrétiens, juifs, polythéistes, mais aussi chiites ou musulmans appartenant à un autre courant de l’islam, comme mécréants et donc susceptibles d’être mis à mort.

(2) L’entité politique née au Kurdistan syrien à la suite de la révolution kurde du 19 juillet 2012. Il désigne en kurde la partie ouest du Kurdistan.

(3) Parti de l’Union Démocratique, fondé 2003 il est le principal parti pro-kurde de Syrie et parti frère du PKK. Il a pris le pouvoir dans les zones kurdes de Syrie et est aujourd’hui quasiment hégémonique dans ces zones. Il a pris pour modèle le « confédéralisme démocratique » que prône Öcalan pour les peuples du Moyen-Orient pour instaurer un système politique à part au Rojava basé les quatre pilliers suivant : « la démocratie, le socialisme, l’écologie et le féminisme ».

(4) YPG : Unités de Défense du Peuple, sont des milices formées en 2012 dans l’essor du mouvement kurde de Syrie. Aujourd’hui elles sont les principales milices kurdes de Syrie et elles sont la pointe avancée des com-bats contre Daech. Ses effectifs compteraient plus de 50 000 hommes et femmes.
YPJ : Unités de Défense des Femmes, c’est la branche armée autonome des femmes au sein des YPG. Elles sont auto-organisées et leurs membres sont intégrés à la fois dans des unités non-mixtes et mixtes au sein de l’armée du Rojava. Les YPG, comme le reste des institutions du Rojava, pratiquent la co-présidence : le commandement militaire est partagé à égalité entre hommes femmes comme à Kobani où la co-commandante a joué un rôle de premier plan dans les combats contre Daech.


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